Le potlach
Dans sa forme ancienne, le potlach était une
des grandes cérémonies d'hiver. En langue
Chinook, le mot potlach signifie "à donner".
L'existence du Potlach n'était pas uniquement
lié au dons, mais aussi à l'organisation
des tribus, des clans, en étant le point central
de la culture des peuples de la cote ouest, et de leur
traditions orales. c'était le système
légal et politique de ces peuples pendant un
bon millier d'années.
Les peuples de la cote ouest ont développé
la notion de richesse et de prestige. En effet leurs
situation géographique le long des côtes
du Pacifique à fait qu'ils ont toujours eu une
abondance de nourriture venant de la mer et des terres.
Cette richesse, était considérée
comme telle, non pas uniquement en terme de possession,
mais aussi de capacité à donner, en d'autre
terme donner sous entant que l'on a les moyens de donner.
Le potlach était donc l'occasion de montrer son
prestige
et sa richesse aux travers des dons effectué.
Cela allait de la nourriture distribuée, à
la vente de copper,
de la distribution de privilèges à la
revendication d'un privilège. C'était
aussi l'occasion pour la famille donnant un potlach
d'exposer l'histoire de celle-ci. La commémoration
des potlachs était indiqué par des anneaux
empilés sur la pointe du chapeau
du chef. Les potlach n'étaient pas
donné uniquement à l'occasion d'un grand
événement, d'autres événements
comme la nécessité de retrouver une dignité
où une manœuvre politique étaient
l'occasion d'un potlach.
le potlach de dignité :
c'était un petit mais tout de même coûteux
potlach organisé pour permettre d'éviter
les moqueries du à une situation humiliante comme
celle de tomber d'un canoë par exemple.
Le potlach politique :
Un clan très riche pouvait être amené
à provoquer d'autres clans. Dans ce cas le clan
provoqué, après avoir ignoré les
insultes, pouvait donner un potlach pour montrer que
le clan provocateur pouvait le surpasser, mais que les
clans inférieurs qu'ils ne le surpasseraient
pas.
Une autre manœuvre politique permettait de contraindre
un chef particulièrement belliqueux. Par les
alliances des clans, un clan prestigieux pouvait proposer
à ce chef lors d'un potlach, de lui vendre un
copper de grande valeur après s'être assuré
qu'il ne pourrait pas le payer, ne lui laissant aussi
que deux possibilités. Celle de refuser et il
perdait ainsi la face et son prestige, laissant entendre
qu'il n'avait pas la richesse suffisante pour l'acheter.
Celle d'accepter mais de ne pouvoir payer, alors son
clan devenait esclave le temps de la dette.
C'était aussi l'occasion de régler les
offenses faites à l'intérieur du clan,
lors d'un potlach, le chef offensé cassait un
morceau d'un copper et le remettait à l'offenseur.
Celui-ci le rendait au chef en faisant allégeance.
Le copper ainsi réparé gardait la trace
de l'offense ce qui augmentait sa valeur.
Le gouvernement Canadien avait bien compris l'importance
du potlach et de sa régulation légale
et politique pour les tribus. C'est pourquoi il prit
la décision de les proscrire en 1884. Bien qu'il
ont continués
en secret, il fallu attendre 1951 pour qu'ils soient
à nouveau autorisés. Actuellement les
potlachs par la tradition orale, servent à maintenir
l'histoire des familles et une certaine tradition spirituelle.
Par contre l'importance économique n'est plus
aussi importante qu'au moment de la proscription.
De nos jours au travers des Salish
Le territoire des Salish couvre les environs de Vancouver
et de Victoria, en Colombie Britannique. Il s’étend
au sud jusqu’à la région de Puget
Sound, dans l’État de Washington et au
nord le long de la voie navigable Straight of Georgia.
Les collectivités de la Première Nation
des Salish comprennent les Cowichan, les Squamish, les
Musqueam, les Chilliwack, les Nanaimo, les Sechelt,
les Stó:lo et certains autres groupes de moindre
envergure. Dans l’État de Washington, on
retrouve entre autres les Lummi, les Skagit, les Tulalip
et les Swinomish.
Les Salish de la côte de l’océan
Pacifique se distinguent par la façon dont ils
organisent leurs collectivités et leur société.
Chez les Salish, l’entité sociale et politique
la plus importante est la famille élargie. Cette
nation vit dans des villages et parle la même
langue que les gens des autres villages environnants,
mais leurs réalités politiques et économiques
s’articulent autour de ces réseaux de familles
élargies. Les chefs de famille sont les principaux
leaders de la collectivité. Il n’existe
aucun chef de village ou de collectivité en dehors
du régime fondé sur la Loi sur les Indiens
actuellement en vigueur. Plusieurs des familles les
plus importantes peuvent retracer leur lignée
à partir d’un ancêtre remarquable
et détiennent des biens, matériels et
immatériels, ayant été transmis
d’une génération à l’autre
au sein de la famille. Ces familles nobles sont appelées
xwnets’álewem dans plusieurs langues salish.
Dans la littérature ethnographique, on fait souvent
référence à ces familles en utilisant
l’expression "regroupements de parenté",
laquelle est tirée de la noblesse européenne.
Les rituels jouent un rôle important dans la culture
des Salish. Chaque soir de week end de la saison hivernale,
les longues maisons salish se remplissent de centaines
de personnes venues participer à la danse hivernale
seyewen. D’autres fonctions rituelles se perpétuent
de la manière des Salish de la côte de
l’océan Pacifique. Les principaux événements
de la vie sont soulignés par des actes rituels
appropriés. À titre d’exemples,
on peut mentionner les mariages, l’attribution
d’un nom à un enfant, les funérailles
et les changements de statuts sociaux. Cette vie rituelle
est fortement ancrée dans les traditions culturelles
et dans les lois coutumières des Salish de la
côte de l’océan Pacifique. Le
potlatch constitue également un élément
important de la vie sociale, culturelle, économique
et rituelle des Salish.
Ces brèves descriptions montrent que la richesse
constitue un élément important des économies
traditionnelles de ces collectivités. Elles indiquent
également qu’il existe des institutions
culturelles et sociales qui traitent des questions de
production et de distribution de la richesse et des
relations entre les membres de la collectivité.
Les biens immatériels se répartissent
en trois grandes catégories. Des obligations
et des droits particuliers se rattachent à chacune
de ces catégories. Ces catégories sont
définies suivant la façon propre aux Salish
de comprendre la notion de propriété,
comme l’indiquent les expressions autochtones
utilisées pour les désigner. Un premier
groupe de droits se rapporte aux biens familiaux, lesquels
sont appelés Snew dans plusieurs des dialectes
salish. Un deuxième groupe comprend la catégorie
de biens dont les types de paternité familiale
sont plus limités; on les appelle ts’exwtén.
Le troisième groupe de biens, que l’on
appelle « biens immatériels du regroupement
de parenté », comprend des noms, des titres,
des légendes et des chants héréditaires.
Bien qu’il y ait d’autres types de biens
immatériels dans la culture des Salish, ces trois
groupes sont les mieux représentés dans
la littérature ethnographique publiée
des Salish de la côte de l’océan
Pacifique.
Les Snew ou biens familiaux :
Les biens immatériels les plus familiers de la
culture salish ont trait aux coutumes professionnelles,
à la connaissance rituelle et aux règles
de bienséance. Dans la langue des Salish, on
réfère souvent à ces biens en utilisant
le terme Snew.
Le mot Snew désigne un bien immatériel
privé dans le contexte de la connaissance secrète.
Les habiletés techniques spécialisées
garantissant le succès des récoltes ou
des échanges ou encore les résultats de
travaux manuels découlent de la connaissance
développée par les ancêtres. Cette
connaissance est gardée secrète à
l’intérieur des familles.
Bien souvent, cette information n’est pas transmise
à l’ensemble des membres de la famille,
mais plutôt à un cercle restreint d’initiés
possédant certaines aptitudes ou une certaine
réputation dans la collectivité. On la
transmet ainsi d’une génération
à l’autre.
Une partie de la connaissance traditionnelle a trait
aux lieux reliés aux comportements alimentaires.
C’est le cas entre autres des connaissances pratiques
ou rituelles permettant de s’assurer du succès
des activités tenues en ces lieux, lesquelles
sont gardées jalousement à l’intérieur
des familles.
La connaissance rituelle privée peut également
inclure des incantations ou des chants particuliers
pouvant être utilisés afin d’inviter
l’être spirituel tutélaire (bon génie)
d’une personne à protéger ces lieux.
D’autres chants, notamment ceux que l’on
interprète lors des préparatifs liés
à la chasse ou à la pêche, sont
gardés secrets à l’intérieur
des familles. Par le passé, même si à
peu près tout le monde chassait et pêchait,
on considérait que ceux qui le faisaient "en
tant que professionnels" étaient protégés
par les esprits. Ces personnes étaient habituellement
détentrices de Snew qui favorisaient ces relations
spirituelles particulières.
On parle également de la connaissance privée
dans le cas des habiletés particulières
nécessaires à la fabrication de certains
objets tels que les canots, paniers, vêtements
et ornements traditionnels de même que certains
outils liés aux comportements alimentaires. Le
fabricant de canots constitue un bon exemple pour illustrer
cette catégorie de biens puisqu’il est
le gardien des outils et des trucs secrets de son métier.
Il travaille souvent seul dans un lieu secret ou personne
ne peut l’observer. Pour l’aider dans le
long processus d’abattage, de fendage, de formage
et de traitement à la vapeur, il exécute
certains chants qu’il conserve secrètement.
Dans un ouvrage qu’il a écrit dans les
années 1930, l’anthropologue Homer Barnett
expliquait que le fait d’observer un fabricant
de canots à son insu pour essayer d’apprendre
les secrets de son métier constituait une "offense
personnelle grave".
L’information ésotérique ayant trait
à la relation avec les esprits tutélaires
constitue un autre type de Snew.
Dans la culture salish, on a besoin des esprits tutélaires
pour réussir dans la vie. Les Salish leur demandent
de les aider dans toutes les facettes fondamentales
de leur vie, notamment sur le plan économique
et pour relever avec succès les défis
personnels. Dans la culture salish, on prétend
qu’une personne qui réussit n’est
pas seule ou qu’elle est accompagnée par
un esprit tutélaire. Bien que les esprits en
tant que tels ne constituent pas des biens immatériels,
la façon de se mettre en contact avec eux, notamment
par le jeûne et l’isolement, enseignée
en privé au sein des familles, fait partie des
Snew.
Il est intéressant d’aborder brièvement
certains problèmes internes auxquels les biens
immatériels des Salish de la côte de l’océan
Pacifique ont fait face au cours des dernières
années. Pour les Snew, le principal problème
découle du transfert linguistique. Les langues
salish sont particulièrement menacées
puisque dans certaines collectivités, seules
quelques rares personnes parlent encore la langue de
leurs ancêtres. Cette assimilation est conjuguée
à la perte de certaines connaissances traditionnelles
précises qui sont conservées de manière
privée. La nature de la paternité de certaines
de ces connaissances amplifie davantage le risque de
les voir disparaître puisque la génération
plus âgée hésite parfois à
les transmettre à ses descendants. Il s’agit
d’un problème sérieux pour les collectivités
salish. Aujourd’hui, certains aînés,
leaders et jeunes Salish s’attaquent à
ce problème et connaissent certains succès.
L’économie des Salish, fondée sur
les potlatch, connaît également un transfert
important vers l’économie de marché
enracinée ailleurs en Amérique du Nord.
Cette réalité a une incidence sur la valeur
que l’on accorde au jour le jour à certains
biens immatériels reliés aux ressources.
Les éléments de propriété
intellectuelle tels que la connaissance traditionnelle
liée à l’environnement et à
certaines techniques, laquelle peut conserver une certaine
valeur dans une économie de marché, pourraient
faire l’objet d’une protection aux termes
du régime de propriété intellectuelle
en vigueur au Canada.
Les ts'exwtén ou biens immatériels rituels
:
La culture salish compte un nombre important d’actes
rituels associés à la purification, un
type de rituel visant à purifier les personnes
qui vivent une crise personnelle ou un changement de
statut, ou à se défaire d’une source
de honte.
Dans plusieurs dialectes salish, on appelle ces actes
des ts'exwtén. Parmi eux, on retrouve la danse
du masque intitulée sxwayxwey, le rituel de la
corne hochet intitulé shelmuxwtses, de même
que plusieurs autres rituels qui ne sont pas très
bien documentés dans la littérature ethnographique
publiée.
Wayne Suttles, éminent ethnographe et érudit
de la culture salish soutient que les ts'exwtén
"forment une catégorie importante de privilèges
héréditaires" et que la connaissance
rituelle et l’attirail associés à
ces cérémonies "sont reservés
par primogéniture ou par d’autres moyens
à certains membres d’une lignée
(les membres d’une même famille formant
la descendance d’un ancêtre commun)".
L’attirail associé aux ts'exwtén
et aux images connexes, y compris le masque servant
aux sxwayxwey et la corne hochet utilisée pour
le shelmuxwtses, est conservé avec soin. La personne
qui en a la garde, mais pas nécessairement la
paternité, le conserve dans un endroit privé
de sa demeure de manière à s’assurer
que même les membres de sa propre famille ne puissent
y avoir accès. À l’égard
de ce même attirail, il existe des droits additionnels
qui comprennent "un ensemble de dessins qui varient
suivant les différentes fonctions jouées
par la personne en charge du rituel. Ces dessins sont
liés à des cérémonies telles
que la guérison des personnes aux prises avec
des esprits indésirables, l’amélioration
de la vitalité et les rites de passage vers l’âge
adulte".
La connaissance rituelle inclurait donc certaines paroles
ou certains actes nécessaires à la bonne
exécution des rites de purification.
Même si ces droits peuvent être réservés
à certaines personnes de la lignée, "leurs
détenteurs peuvent les exercer au profit de n’importe
quel membre de cette même lignée"
. Au cours de l’exercice de ces droits, l’organisateur
fait appel à un orateur "afin d’annoncer
l’objet du rassemblement et d’expliquer
qu’il exécutera le ts'exwtén en
question en vertu des droits dont il a hérité".
Bien que la lignée ait pu être détentrice
des droits inhérents à un ts'exwtén
particulier pendant de nombreuses générations,
au fil du temps ces mêmes droits peuvent s’être
répandus parmi les différentes collectivités
salish de la côte de l’océan Pacifique
en raison des mariages entre personnes de différents
villages. Prenons à titre d’exemple le
masque servant au sxwayxwey. Il existe différents
styles de masques de sxwayxwey. Chacun d’entre
eux a sa propre origine distincte formant un récit.
Dans un de ces récits, le masque émerge
d’un cours d’eau situé près
de Chilliwack (un territoire situé à environ
100 km au nord de la rivière Fraser) et est présenté
à une jeune fille. Cette fille et sa descendance
féminine sont détentrices de ce masque.
Elle peuvent toutefois prêter ce masque et les
avantages rituels connexes aux hommes de leur famille
pour leur permettre de danser. Ces derniers, lorsqu’ils
ont la garde du masque, ont le droit de performer les
danses, mais ils ne peuvent, dans la plupart des cas,
détenir sur ce bien des droits de paternité
similaires à celui que détiennent les
femmes.
Les conflits actuels démontrent que ce bien immatériel
revêt toujours une grande importance pour les
collectivités. En ce qui a trait aux masques
servant au ts'exwtén, le problème provient
de l’extérieur puisque de nombreux musées
possèdent des masques et des atours qu’ils
ont acquis il y a longtemps dans des circonstances politiques
et culturelles très différentes de celles
d’aujourd’hui. Récemment, les détenteurs
de masques et des droits de présentation qui
s’y rattachent ont négocié avec
plusieurs musées tels que le UBC Museum of Anthropology
et le McCord Museum à l’Université
McGill pour que les anciens masques des collections
muséales ne soient pas exposés ou utilisés
de manière inappropriée. L’importance
des liens de paternité à l’égard
des masques servant au ts'exwtén a joué
un rôle prépondérant dans le fait
que l’art salish ne soit pas devenu une importante
industrie commerciale, contrairement à l’art
traditionnel de nombreuses autres collectivités
autochtones de la côte du Nord-Ouest de l’Amérique.
Pour les Salish de la côte de l’océan
Pacifique, les importantes prérogatives liées
au ts'exwtén ne peuvent être commercialisées
ou vendues, même si elles conservent une valeur
inestimable pour la purification de ces collectivités.
Les anthropologues ont eux aussi causé des problèmes
en publiant des descriptions des tx’exwtén
que l’on avait partagées avec eux sans
connaître au préalable l’importance
de la dissémination de ces publications (tant
à l’intérieur qu’à
l’extérieur des collectivités salish
d’où elles originaient). Dans ce cas, les
concepts de domaine public et de liberté universitaire
entrent en conflit avec les concepts locaux de propriété
intellectuelle.
Les biens immatériels du regroupement de parenté
:
Certains regroupements de parentés célèbres,
aussi appelés xwnets’álewem, détiennent
collectivement la paternité de privilèges
dont ils ont hérité. Parmi ceux-ci, on
retrouve des noms, des légendes, des chants,
des danses, des paroles secrètes, des médicaments
et des prérogatives cérémonielles.
Les personnes membres de ces familles nobles peuvent
revendiquer des droits à l’égard
de ces biens. Elles doivent toutefois valider leurs
revendications dans le cadre d’un événement
public tel qu’un potlatch ou un rassemblement
familial. On peut créer de nouveaux biens immatériels
de regroupement de parenté pour autant que l’on
valide les droits qui en découlent dans le cadre
d’une assemblée publique. Habituellement,
le public peut entendre "l’exposé
de la demande sans s’y opposer et accepter les
cadeaux qui suivent cette déclaration" dans
le cadre d’un potlatch.
Les personnes n’ayant aucune prétention
légitime à l’égard d’un
bien peuvent connaître certaines de ses particularités,
mais ils ne peuvent "les exécuter en public
ou les représenter au moyen de la sculpture".
Dans son étude ethnographique sur les Salish
de la Colombie Britannique, publiée en 1955,
Homer Barnett donne un exemple qui illustre bien cette
réalité. Il explique qu’on lui a
fait un récit appartenant à un regroupement
de parenté et expliqué les prérogatives
connexes. Son informateur était bien conscient
qu’il commettait une violation en révélant
un bien immatériel (de regroupement de parenté)
à une personne qui n’était pas en
droit de recevoir cette information. Barnett raconte
:
[...] les biens immatériels (de regroupement
de parenté) de Tommy Paul étaient constitués
de la "crécelle en bois creux", de
l’exécution de la sxaihwe et du récit
du premier des Sanetch, kwalakwanthat. Une variante
du "récit du mari-chien" a été
retracée dans le territoire appelé skaihai
(baie Mill en C.-B.) et constituait un des biens immatériels
(de regroupement de parenté) de cet endroit.
Le grand-père de madame Paul connaissait les
siwin (paroles secrètes) prononcées dans
le cadre de "l’initiation à la danse
de l’hiver". Madame Paul détenait
donc les droits rattachés à ce récit
[sic]. M. Paul était pleinement conscient du
fait qu’il commettait une violation en révélant
ce récit dont les droits appartenaient à
sa femme ou les privilèges de toute autre personne.
Même le droit de parler d’un privilège
appartient à son propriétaire. Ce propriétaire
serait en colère s’il savait qu’une
autre personne que lui-même a parlé de
son privilège; il réclamerait quelque
chose en compensation. Paul m’a raconté
les siwin du grand-père de sa femme uniquement
pour que je puisse "penser à ce que l’on
pourrait faire pour elle". Autrefois, aucune information
du genre n’aurait été dévoilée.
Le secret entourant l’instruction interdisait,
bien sûr, toute divulgation de l’information
ésotérique. Toutefois, pour ce qui est
des violations en tant que telles, les avertissements
étaient inutiles puisque personne n’aurait
osé revendiquer publiquement un bien immatériel
(de regroupement de parenté) appartenant à
quelqu’un d’autre. La personne fautive aurait
été ridiculisée de manière
impitoyable à moins qu’elle n’eût
été en mesure de démontrer qu’une
relation sanguine légitime la liait au propriétaire
du bien en question et qu’elle eût pu étayer
ses prétentions par la distribution d’une
partie de ses biens.
L’exemple de certains chants seye’wenem
transmis par hérédité démontre
clairement que ce genre de bien immatériel possède
une valeur économique additionnelle. Suttles
a expliqué comment une personne pouvait payer
avec une chanson "lorsque la valeur en biens, requise
pour payer quelqu’un, était très
très importante". Lorsque l’on chantait
une telle chanson dans le cadre d’un potlatch,
la personne à qui l’on devait quelque chose
"pouvait se sentir obligée de remercier
son débiteur" pour sa performance en lui
donnant une partie de ses biens, ou en le traitant de
la même façon lorsque la situation serait
inversée. Ces précieuses chansons appartiennent
à la famille et sont transmises de père
en fils.
Le dernier type de bien immatériel (de regroupement
de parenté), et peut-être le plus important,
a trait aux noms héréditaires. Dans la
société salish, une personne peut, au
cours de sa vie, porter plusieurs types de nom. Traditionnellement,
chaque enfant se voyait décerner ce que l’on
pourrait appeler un surnom. Aujourd’hui, on décerne
de façon universelle des noms chrétiens.
Toutefois, des noms héréditaires honorifiques
conservés au sein des regroupements de parenté
sont conférés aux personnes lorsqu’elles
sont plus âgées. Chaque regroupement de
parenté possède une collection de noms
héréditaires qui sont transmis d’une
génération à l’autre. Certains
de ces noms remontent à la mythologie et ont
été conservés à l’intérieur
d’un même regroupement de parenté
pendant des siècles. Sauf exception, un nom héréditaire
ne devrait être attribué qu’à
une seule personne vivante à la fois.
Lors de l’attribution d’un nom, on organise
une cérémonie formelle et l’on valide
souvent cette attribution par la tenue d’un potlatch.
Bien que les pratiques particulières relatives
à la cérémonie d’attribution
d’un nom varient passablement d’une famille
à une autre, habituellement, lorsque les invités
sont rassemblés et que certaines performances
rituelles telles que la danse du masque sxwayxwey sont
complétées, le porte-parole de la famille
chargé de décerner le nom annonce ce nom
et invite les aînés présents parmi
les invités à agir comme témoins
de l’attribution. On donne alors à ces
aînés des cadeaux pour souligner leur participation
en tant que témoins de l’événement.
Dans les cas où certains invités voudraient
contester la légitimité d’un détenteur
de titre honorifique, ces mêmes aînés
sont appelés à "confirmer que les
droits visés par la cérémonie peuvent
légitimement être attribués à
la personne à qui l’on décerne le
nom que le porte-parole vient d’annoncer".
Les noms eux-mêmes apportent du prestige aux personnes
qui les portent puisqu’ils proviennent d’ancêtres
honorables. Les personnes à qui on les attribue
détiennent également les mêmes privilèges
que ceux que l’on accordait aux personnes qui
portaient ces mêmes noms par le passé.
Les regroupements de parenté qui possèdent
ces noms vivent habituellement sur le même territoire
que leurs ancêtres des temps immémoriaux,
liant ainsi ces noms aux territoires ancestraux et aux
sites détenant des ressources. Un nom découle
habituellement du village d’origine de l’ancêtre
le plus ancien à l’avoir porté.
Même si le détenteur actuel de ce même
nom réside dans un village différent de
celui de cet ancêtre, le fait qu’il détienne
ce nom est suffisant pour "accorder à ses
descendants des droits sur l’utilisation des ressources
du village" de cet honorable ancêtre.
Les Salish de la côte de l’océan
Pacifique prennent très au sérieux l’attribution
d’un nom. Le fait d’attribuer à une
personne un nom appartenant à un autre regroupement
de parenté constitue une offense sérieuse.
Les conflits entourant l’attribution d’un
nom sont résolus dans le cadre d’un potlatch.
Au cours du potlatch, on embauche un orateur afin d’expliquer
les prérogatives que la famille détient
sur le nom en question et l’on distribue ensuite
des cadeaux aux personnes offensées.
Dans le contexte contemporain, les noms héréditaires
constituent le type de bien immatériel des regroupements
de parenté qui suscite les plus importants conflits.
Les collectivités salish modernes tentent continuellement
d’identifier les personnes qui ont le droit de
détenir ces noms. Les observateurs de l’extérieur
se sont aussi intéressés à certains
de ces noms. Le club de golf Swaneset, situé
près de Vancouver, a suscité la grogne
au sein de la collectivité des Katzie dont l’ancêtre
fondateur portait ce nom prestigieux. Cette tribu a
tenté sans succès de faire changer ce
nom au moyen de représentations politiques. Ce
dossier constitue un véritable vol de propriété
intellectuelle au vu et au su de tous.